Réflexions


12
Nov 10

Moi.

Entre certaines télé-réalités, le courrier du sexe du Journal de Montréal, et les textes de théâtre que je lis, il y a des ressemblances.

Quoi Patrice ? Tu as osé lire le Journal de Montréal en lockout ?
Oui lecteur, mais là n’est pas mon point.

J’observe que la quête du « soi », avec le « soi » comme outil, pour aller au fond de « soi » est devenu un procédé de construction dramatique très, très, très, et partout, utilisé. Ça commence à être franchement lourd. On sait qu’il n’est de conquête, fût-elle de soi, qui ne fasse émerger son lot de puanteur. Il y a ainsi beaucoup de sang, d’entrailles, de fausse-couche, de sodomie sans lubrifiant, de fuite de l’autre et de viols dans tout ça.

J’en ai marre.
J’en ai marre qu’on oublie à ce point « l’autre » dans cet ascension de nous-mêmes.

Le culte du corps, sa dissection anatomique, la transmutation sexuelle, ses mutilations répétées, tout cela est omniprésent. Tout cela est utilisé à satiété par certains scripteurs, rédacteurs en chef, twitteurs, et par beaucoup d’auteurs de théâtre.
Y’a pas mal de monde dans le même spa.
« Moi, moi, moi. Moi mon corps, moi, moi, moi. Moi mon orientation sexuelle, moi, moi, moi… »
(…)
J’en ai marre.
J’ouvre la télé.
Je ne sais pas où dans le monde, sur une île proche de mon tout-inclus de l’an passé, le choléra s’est emparé des villageois, et se propage maintenant dans les camps de réfugiés. Des êtres humains écopent d’eux-mêmes un microbe assassin, comme on tenterait d’endiguer un fleuve qui emporte notre village natal.
Je ferme tout.

Le silence s’empare de la pièce.

– Patrice

PS : parce qu’on ne peut s’empêcher de faire un peu de promo ;-) Abraham Lincoln est à LaSalle ce dimanche (14 novembre)


11
May 10

Jean Dalmain (1915-2010)

Trois choses que ce métier exige
Trois choses qu’il nous faut avoir pour le pratiquer
Du culot, de la santé et de la mémoire

Trois mots, qui m’ont été laissés en héritage.

Trois mots, qui résument bien l’enseignement qu’a prodigué monsieur Dalmain
Au jeune inculte que j’étais
Qui ne connaissait rien des grands textes
Du souffle qu’ils demandent
Du cœur qu’ils impliquent
Qui ne savait rien du « Ô accent circonflexe »
Qu’il faut étirer OOOOOOO…
Qu’il faut « prononcer ».

ÔÔÔÔÔ… que j’étais rempli de l’ignorance et de la vanité des premiers jours

Culot, santé, mémoire

Dans le culot, il y a l’audace, l’affront
Il y a la jeunesse aussi,
Le cœur de la jeunesse qui avance sans craindre et craint sans reculer
Dans le culot, il y a la détermination profonde de n’être pas commun, d’être soi,
Il y a le fantasme de conquérir et de garder sa liberté de parole
De se forger une pensée libre et un esprit alerte et sain
Le culot, c’est l’esprit de l’acteur

Culot, santé, mémoire

La santé, c’est le corps
Cette charpente osseuse qui se lève et monte sur scène
Comme dans « grimper, se hisser, s’élever sur scène »
Monter sur scène pour se tenir debout, sans fléchir
Dire ce qu’on a dans le cœur et dans le ventre
La santé, c’est ce qu’on reçoit comme un cadeau à 20 ans
Et que l’on s’acharne à garder pendant les 70 années suivantes
La santé, c’est le combat de l’acteur

Mémoire
Le corps et l’esprit réunis
Mémoire, c’est la possibilité d’apprendre et de reproduire, d’imiter puis de s’approprier
« Il faut être un bon imitateur », disait monsieur Dalmain
La mémoire est d’abord, et surtout un instrument utile pour transmettre
Dire d’où nous venons
D’où viennent les grands textes
Et où ils se posent en nous
Où ils reprennent vie et gardent sens.
Transmettre et faire acte de mémoire

C’est bien ce que monsieur Dalmain a fait toute sa vie

Et de ce don de lui-même, je l’en remercie profondément.

—Patrice Dubois


5
May 10

Vian (suite) – réponse de Lorraine Pintal et de Carl Béchard

Vous trouverez ici la lettre adressée par le TNM en réponse aux derniers articles parus sur le sujet.

En réponse à l’article signé par Alexandre Vigneault paru le 3 mai 2010 dans le journal La Presse sous le titre : « Et Vian ! Dans la gueule : débat sur la paternité du spectacle » il nous apparaît essentiel de préciser les circonstances qui ont entouré la programmation de cette production dans sa saison 2009-2010 du Théâtre du Nouveau Monde afin, entre autres, de souligner le 50e anniversaire de la mort de Boris Vian en 2009.
D’abord, d’après le contenu réel de l’article, le titre aurait dû se lire : « Et Vian ! dans la gueule : débat sur la paternité d’un titre » En effet, c’est le titre du spectacle qui est l’objet (symbolique) du mécontentement du Groupe Audubon au nom duquel s’exprime monsieur Claude Gagnon en tant que responsable actuel de la troupe. Il serait douteux qu’il s’agisse du spectacle lui-même, puisque au moment de la publication de l’article, rien ne nous prouve que quelqu’un d’Audubon ait vu la version 2010 de Et Vian ! dans la gueule. Or, pour affirmer qu’il s’agit de « leur » spectacle, encore faudrait-il l’avoir vu. Claude Gagnon confond apparemment le collage des textes de Boris Vian que sa troupe a présenté en 1995 et celui, très différent, créé par le TNM en 2010.

Si certains cherchent à contester la paternité de la version 1995, il est absurde de remettre en question la paternité de la version actuelle. De plus, un des membres de la troupe, Patrice Dubois exprime dans son blogue en date du 30 avril 2010, tout son ressentiment, mais en négligeant certains faits qui l’inviteraient à nuancer son propos, dans la mesure où le dépit que le Groupe nourrit depuis plus d’un an cesserait de les aveugler.

Certaines omissions gagnent donc à être rétablies :

  1. Le metteur en scène Carl Béchard, engagé par le TNM, n’a jamais signé quelque cession de droits que ce soit aux membres du Groupe Audubon alors que c’est lui qui fut l’auteur du collage présenté de 1995 à 1998 et que la trouvaille du titre est la sienne. Aussi est-ce étonnant de lire que le spectacle « leur » appartient « et non » à Carl Béchard, maître d’œuvre du spectacle. Est-ce que cela signifie que ce dernier devra les consulter à vie pour leur demander la permission d’utiliser en tout ou en partie l’un ou l’autre des deux collages de Boris Vian qu’il a conçus dans le cadre de sa collaboration avec le Groupe Audubon, collaboration faut-il le préciser, tout à fait bénévole, pour le plaisir du travail bien fait, pour porter la parole de Vian, tout simplement ? Nous ne croyons pas, n’en déplaise à Audubon et sans nier la force des spectacles qu’ils ont produits grâce entre autres aux conceptions et aux mises en scène de Carl Béchard, que l’amour des textes de Vian suffise à en assurer la propriété à perpétuité.
  2. Précisons aussi que c’est pour deux collages de Boris Vian soit : Et Vian ! dans la gueule (autour du Goûter des généraux) et Ceci n’est pas un Schmürz (autour des Bâtisseurs d’Empire) que tout le Groupe Audubon d’alors avait reçu le Masque de la Révélation 1998, c’est-à-dire, comédiens et concepteurs, incluant la musique (Carol Bergeron), la chorégraphie (Louise Lussier) et la mise en scène de Carl Béchard. Le théâtre est avant tout un art collectif et nier la propriété intellectuelle de l’auteur du collage, du metteur en scène et des créateurs associés à un spectacle lorsque l’occasion se présente de faire entendre de nouveau la poésie de Boris Vian et de le faire découvrir à un plus vaste auditoire et aussi à cette jeunesse qui fréquente de plus en plus le TNM, ne nous semble pas le fait d’artistes généreux et responsables. Cette attitude vindicative, ce désir affiché de nuire ne nous semblent relever ni de l’éthique la plus rigoureuse, ni de la créativité humaine la plus sereine.
  3. Sur quoi s’appuie Claude Gagnon pour prétendre : « On était en droit de faire stopper complètement le spectacle, parce que c’est notre titre et qu’on en était vraiment le producteur » ? Sur quels avis juridiques ? Par ailleurs, l’avocate consultée par La Presse ne peut qu’évoquer la possibilité « de faire valoir ses droits sur un titre, s’il peut susciter la confusion entre deux œuvres. » Or, il ne peut y avoir confusion entre les deux œuvres puisqu’à la demande de la direction artistique du TNM, il s’agit d’un collage de textes différent de la production du Groupe Audubon, d’une mise en scène qui affiche une nouvelle vision et d’une musique et des chorégraphies qui empruntent de nouvelles voies.
    Un hommage à Boris Vian a été rendu dernièrement par le Théâtre de l’Astrolabe dans la région du Vaucluse en France, sous le titre : « Et Vian ! Dans la gueule ! » Est-ce que les membres du Théâtre L’Astrolabe auraient dû demander la permission au Groupe Audubon pour utiliser un tel titre ? Ou même à Carl Béchard qui ne serait certainement pas avare de ses trouvailles. La situation frise l’absurde !

Il est triste de mesurer le fossé qui peut exister entre praticiens de théâtre lorsqu’il s’agit d’un projet qui devrait dépasser les querelles d’égos pour porter de nouveau haut et fort la poésie de Boris Vian, toujours si vivante et pertinente au 21e siècle. La direction artistique du TNM a cru juste et pertinent de répondre aux premières récriminations de Claude Gagnon par une lettre en date du 3 juillet 2009 et s’est engagée à reconnaître le travail inestimable accompli par le Groupe Audubon autour de l’œuvre de Boris Vian notamment dans son communiqué de presse, dans son programme annuel, L’Emporte-pièces, offert gratuitement à plus de 11 500 abonnés, dans son programme de soirée que près de 10 000 spectateurs consulteront et dans la couverture exceptionnelle que La Presse a réalisée pour annoncer les représentations de Et Vian ! dans la gueule. Claude Gagnon n’a même pas daigné accuser réception de cette lettre et voilà que sans crier gare, lui et Patrice Dubois assènent à la démarche de Carl Béchard non pas un coup dans la gueule mais dans le dos, le lendemain d’une première enlevante alors qu’à nouveau, c’est le verbe de Vian qui triomphe.

« L’absurdité de batailles qui sont des batailles de mots mais qui peuvent tuer des hommes de chair. » Il faut croire que Boris ne se démode pas !

Lorraine Pintal, Directrice artistique du TNM
Carl Béchard, Auteur du collage des textes et metteur en scène de Et Vian ! dans la gueule


30
Apr 10

Où il est question de Vian.

15 ans nous séparent des balbutiements vianesques qui ont faits naître le Groupe Audubon et son premier spectacle Et Vian! Dans la gueule. Voici qu’une deuxième mouture de ce collage voit le jour au Théâtre du Nouveau Monde, à nouveau sous la direction de Carl Béchard. Dans les différents articles de fond consacrés à la production du TNM, on passe rapidement sur l’histoire de la création de ce collage. Faute de temps et d’espace. Permettez moi de venir y ajouter ma touche.

Acte de mémoire.

Le Groupe Audubon est une compagnie créée en 1994, par une partie de la promotion 1993 de l’Option-théâtre de Saint-Hyacinthe. De 1994 à 2000, ses membres ont travaillé les œuvres de Vian, poèmes et pièces, mirés sur la Pataphysique et la Sémantique Générale, chères au grand Satrape. Vie de compagnie, vie de troupe. Réunions houleuses, répétitions excessives, budgets de pacotille, efforts d’escadron. 45 sous l’heure, tel a été notre salaire pour créer notre premier opus Et Vian ! Dans la gueule sous la direction de Béchard.

Qu’un metteur en scène expérimente avec des étudiants d’une école de théâtre pour ensuite monter son spectacle avec des professionnels est une chose. Une chose courante, utile, souvent nécessaire. Mais il est question ici d’un travail qui a été fait dans un cadre professionnel. Une aventure qui a duré des semaines, des mois, des années.

L’an dernier, à quelques jours du lancement de saison du TNM, le Groupe Audubon a appris, du revers de la main et en plein dans la gueule, que monsieur Béchard avait impunément vendu l’idée d’un nouveau Vian au TNM et qu’une mouture 2010 institutionnalisée porterait le titre de NOTRE Vian. Et ceci, sans provoquer la moindre discussion quant à l’utilisation de ce titre et à ce qu’il contient, à ce qu’il signifie au-delà des aspects légaux ou techniques.

Nous disons que ce titre appartenait à notre compagnie. Qu’il disait notre Histoire. Ce titre est le reflet d’un esprit, d’une recherche, d’un ton, d’une manière. Il marque nos premiers pas en tant que producteur, rappelle notre discipline en tant que Groupe et notre croyance en un travail collectif.

Mais qu’est-ce qu’un titre ?

Une enveloppe, une boîte vide ?

Pas si sûr.

Qu’aurait-on dit si Buissonneau dix ans après l’Ostidshow l’avait refait avec quelques autres amis, pour son bon plaisir ? Une boîte vide vraiment ?

Il n’y a pas ici d’entente non respectée ou de problème de droits d’auteur. Tout est en ordre, que personne ne s’inquiète. Vian appartient à tout le monde. Il est question cependant d’une certaine éthique qui a été délaissée, bafouée. On s’est approprié de l’éphémère, du vide, de l’impalpable, sans tenir compte de ce qui soutenait cet édifice de l’esprit.

Et dire que c’est à la vue d’une de ses œuvres manipulée par de quelconques producteurs, que Boris Vian a été pris d’une fatale crise du cœur.

—Patrice Dubois, ancien membre du Groupe Audubon

— edit du 4 mai 2010

Il a été écrit quelques articles à ce sujet. Nous vous en mettons les liens ci-dessous.
Article d’Alexandre Vigneault dans La Presse >>>
Article de Philippe Couture sur son blog Voir >>>


25
Jan 10

La photo de saison

Il n’est jamais trop tard pour expliquer… Au moment de Rouge Gueule, de nombreuses personnes nous ont demandé pourquoi tant de comédiens étaient présents sur la photo du programme alors que tous n’étaient pas sur scène. En fait, depuis deux saisons, nous faisons une « photo de groupe » réunissant tous les comédiens qui travailleront avec nous pendant la saison.
Nous préférons l’idée d’une photo uniforme plutôt que des photos de casting, qui ont chacune un style particulier. La photo de cette saison a été réalisée par Marie-Claude Hamel.

Ainsi sur cette photo (en haut du blog et dans les programmes de spectacle), vous retrouverez à la fois les comédiens de Rouge Gueule et de Porc-épic.
Dans l’ordre, de gauche à droite : Jacques Girard (RG), Hubert Lemire (RG), Daniel Parent (RG), Geneviève Schmidt (PE), Antoine Bertrand (PE), Maude Giguère (RG), Annette Garant (RG), Jean-Pascal Fournier (PE), Anne-Élisabeth Bossé (RG), Jonathan Morier (RG), Alexandrine Agostini (RG), Marika Lhoumeau (PE), Mani Soleymanlou (RG), Dominique Quesnel (PE), Michel Bérubé (RG).

Qu’en pensez-vous ?


10
Sep 09

Humeur de rentrée

Le mot « saison » plane dans mon esprit. Le mot bourse, le mot CALQ, le mot lancement. L’expression « description du projet » est peinte sur les boiseries de mon crâne. Et à l’épicerie, et à vélo et au café je la décape. Je décris mon projet ; je formule où j’en serai sans savoir où j’en suis. Je lance ma saison ; j’en décris les contours comme on décrit une paroi vue d’en bas. Les enseignes « vendre ma salade », « trouver du financement » et « attirer de nouveaux publics » clignotent dans mon centre-ville intérieur. Un disque tourne qui me fait danser sur un air connu. Consécration définitive, quand viendras-tu !! Marchand de salade, moi qui pensais devenir marchand de rêve.

Je vous vois mes amis, dans vos bureaux et vos salons, je vous vois vous débattre avec vos chiffres et vos lettres, vos cent mille spectacles à venir, vos tracts et vos envies. Je vous vois jupes relevées, les fesses à l’air devant vos chevalets. Je vous vois écraser votre salade en plein milieu de votre autoportrait. Je vous aperçois en train de vous coller la carte d’affaires d’un faux mécène dans le front et découper la vedette d’un dépliant de saison pour vous remplacer par elle avec de la colle de publicité sauvage.

Vous êtes comme moi : quand vous êtes en création, vous aimez vous salir.

Si je vous ai choqués, c’était bien mon intention, parce que cette saison au PÀP nous avons deux spectacles provocants nommés Rouge Gueule et Porc-épic. Rouge Gueule ouvrira le 20 octobre prochain. Sexe, drogue et rouli-roulant !

Notre affiche de saison est une bouche béante qui hurle ou qui souffre, je ne sais plus. Je ne sais plus moi-même si mon cri est douleur ou rire.

~ Patrice Dubois


27
Apr 09

On y va pour de vrai…

Et pourtant notre saison est terminée. Nous n’aurions pas grand chose à vous dire et pourtant ! Un spectacle se prépare longtemps à l’avance. Notre première production a déjà connu quelques lectures et questionnements.


14
Jan 09

Bienvenue !

Premiers pas dans la blogosphère. Premiers pas sur scène. Premiers pas d’une création.