L’intérieur du pàp


2
Feb 12

Protected: Journal de bord – janvier

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20
Jan 12

Coulisses (4)

Jamais deux sans trois, dit-on. J’entre pour la troisième et la dernière fois dans le théâtre pour observer ce qui se trame, pour zieuter la préparation de la pièce. Parce que c’est ce soir que ça se joue, dans tous les sens du terme. On m’a invitée toutes ces fois à m’installer dans les coulisses, métaphore pour indiquer que j’espionnerais tout ce qui se passe avant la vraie représentation. Ce soir, ce n’est plus une image: je m’installe carrément dans les loges.

Recroquevillée sur un petit divan, les jambes repliées sous mon corps, je me fais oublier pour mieux observer, cahier de notes et crayon à la main. Nourriture sur la table: clémentines, jujubes, chocolats, biscuits, noix. Des fleurs aussi. Des orchidées. La régisseuse remplit d’eau des bouteilles de bière, prend du jus de canneberges pour le vin. Une des comédiennes promène le faux bébé, cette petite chose enrubannée réaliste à s’y méprendre. On entend les mots “merde” qui fusent à l’occasion. Moi qui croyais que c’était tabou. Ça grouille de partout dans cet espace. L’un fait les cent pas, l’autre chantonne. Je m’attendais à une ambiance plus lourde, sérieuse et stressée. Pas du tout. Joie, sourires, blagues à profusion.

Metteur en scène : “Ah ! t’es venue ! c’est gentil !” Comédienne, en riant: “Ben oui, j’me suis dit, pourquoi pas !”

Il y a toute une chorégraphie en cours, et cette fois, elle n’est pas sur la scène, mais dans les coulisses. Derniers détails, questions à la volée, prévisions pour la soirée: froid, tempête, stationnement, retards, heure de commencement. Préoccupations terre-à-terre. Je pense à mon boulot où on monte une exposition. Depuis le début de l’expérience, je réalise que c’est assez similaire. C’est un intense moment: capacité de cohésion d’une équipe pour arriver à réaliser un projet, travail acharné, soirées hypothéquées, fatigue, adrénaline, stress, recommencement, finition, réflexions, oublis, essais, erreurs. C’est une danse complexe, une danse à plusieurs, qu’il faut savoir coordonner, organiser. Grande joie à observer l’humain dans de merveilleux moments de création comme ceux-là. J’ai des Manet, Renoir et surtout Degas en tête, car je suis la flâneuse* qui observe sans être vue.

J’entends encore les bourdonnements, les cris, les voix qui s’élèvent et meurent dans un grand soupir. Il y a des restes de café et de thé sur la table. Pour la première fois, je vois les costumes qui ont finalement été choisis, les maquillages, les coiffures. Je ressens une drôle d’impression: les comédiens sont devant moi, mais j’ai un peu le sentiment d’être avec les personnages. Ce sont surtout eux que j’ai appris à connaître, qui ont pris vie devant mes yeux. Jennifer passe et me sourit. Miranda serre fort son bébé. Étrange dédoublement.

J’ai le temps d’aller fumer une clope ?

Les comédiens sont demandés sur scène, j’entends le plancher qui craque, je vois l’intensité des lumières qui baisse. On pratique la finale. Je me dirige en catimini vers les rideaux noirs que je pousse doucement. Ils sont tous là, debout, découpés dans la pénombre. Ils s’avancent tous ensemble. Non, ça ne marche pas, on recommence. Une comédienne est désignée pour lancer le salut. Rangée uniforme sur le bord de la scène, ils saluent un public fictif. Retour dans les loges. Ça rigole, ça parle fort. Anecdotes hilarantes.

25 minutes avant l’ouverture de la salle !

L’ambiance se transforme. Concentration. Bruits, voix en crescendo, en decrescendo, cri presque primal, ensuite victorieux, murmures. Sorte d’incantations vocales. Quelqu’un saute sur la scène, frappe du pied, saute encore. Ça discute, ça parle partout à la fois. Odeur de toasts brûlées. Rapide, rythmé par le stress, fébrile. Les comédiens ont l’air de lions en cage, prêts à attaquer la pièce à coup de dents, de griffes. Prêts à tout donner.

Qu’ils viennent, s’ils n’ont pas peur !

On atténue les lumières dans la pièce. On commence à s’envoyer des messages d’encouragement, se taper dans le dos, s’embrasser, se faire des accolades. Le temps file, l’heure approche. On finalise les derniers détails. Pour la énième fois, on demande au metteur en scène s’il est nerveux.

Non, j’ai hâte.

Il ne reste que quelques minutes. La lumière est éteinte dans la loge qui est éclairée par quelques pièces encore illuminées aux alentours. Les comédiens parlent moins fort. Il y a comme une forme de recueillement tout à coup. Chuchotements, pas plus légers. Je m’éloigne de la salle pour les laisser ensemble, mais continue à les observer d’un peu plus loin. J’entends les gens qui entrent dans le théâtre, le murmure de la foule. Le metteur en scène passe à côté de moi, prend une respiration et s’en va offrir un mot pour présenter la pièce. Tout à coup un cercle, une accolade de groupe entre les comédiens. Au centre, quelqu’un dit quelque chose, mais je n’arrive pas à capter. Peu importe.

Merde. See you on the beach !

Douce tranquillité qui s’installe, comme si un point de non-retour était atteint et que, stress ou non, rien n’y changera. Intérieurement, j’ose imaginer que ça bouillonne, mais plus rien n’y paraît. Je m’éclipse doucement avec, oui je le réalise, une boule dans la gorge. Émotive face à la beauté de ce moment, à la fin de cette proximité avec la création. De pouvoir assister à tout ça.

Petite tristesse quelque part aussi. Mais la mienne, heureusement, est intellectuelle et lumineuse.

*Référence au flâneur baudelairien dans Le peintre de la vie moderne (1863) 

Oeuvres:

1) Classe de danse, Edgar Degas (1871-1874)

2) Répétition d’un ballet, Edgar Degas (1874)

3) Première sortie, Auguste Renoir (1876)

Images: Musée D’Orsay et kerdonis.fr


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Tristesse animal noir

Une coproduction Espace GO + Théâtre PÀP
Présentée du 17 janvier au 11 février 2012, à Espace GO
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16
Jan 12

Coulisses (3)

Très longue journée, pieds en compote, bus Saint-Laurent bondé. J’arrive à l’avance. Le temps d’un café bien tassé pour me secouer un peu et je traverse la rue où on me fait entrer dans le théâtre. Odeur de bouffe, chaleur. Discussions autour d’une table, des comédiens sont installés sur des fauteuils. On sent une certaine fatigue, une langueur.

La journée a été fatiguante. Physiquement. Le soir est tombé.

Il y a tout de même du va-et-vient un peu partout. Sur la scène, dans les loges, dans la salle, en régie. Ça fourmille, c’est une véritable petite usine. Chacun prend sa place, et au micro on annonce le début de la séance. On s’ébroue un peu, on gesticule pour s’enlever de cette espèce de torpeur dans laquelle on semble tous un peu plongés. Je n’arrête pas de penser à l’absurdité des contrastes: du frigorifique –  bien réel – de l’hiver à la chaleur torride, meurtrière – fictive – d’un incendie. Je réfléchis au fait que, de part et d’autre, ces extrêmes font ressortir nos instincts, nos réactions primaires, animales.

Un animal rapide au pelage lumineux.

La scène est plongée dans le noir, excepté quelques lumières qui éclairent les musiciens. Goodbye Ruby qui reprend en boucle. La guitare n’est pas assez forte, ensuite trop. On ajuste. Les comédiens attendent patiemment les directives, discutent ensemble en attendant. Bâillements, étirements, rires, soupirs. Chaque scène est survolée, une après l’autre, et les premières lignes du texte sont lancées. C’est étrange cette dichotomie entre le texte qui a pris forme et force dans la bouche des interprètes - depuis ma première observation – versus ce relâchement du corps, chaque individu étant en attente.

Je pourrais chanter quelque chose.

Certains comédiens refont une scène deux, trois, quatre fois voire plus pendant que les autres attendent. Ils discutent de choses et d’autres pendant ce temps, décrochent leur regard de la salle, semblent laisser aller leur pensée. Tout de même, l’appel du metteur en scène les fait réagir promptement: même si j’ai l’impression qu’ils sont ailleurs, déconcentrés, c’est en fait tout l’inverse. Je suis surprise à chaque fois: de voir à quel point ils sont à l’affût, prêt(e)s à répondre aux exigences, comme ils se transforment en un instant. Le corps reprend alors sa stature, se fait disponible, le torse mis de l’avant. Fascinant.

Tu penses que c’t’un rêve, rien qu’un rêve, comme on cherche parfois à se persuader en rêve.

On change de bloc. J’entrevois les silhouettes des comédiens dans la pénombre, comme des lignes qu’on aurait tracées au marqueur. On étire un bras, secoue les cheveux, défripe un vêtement,  positionne son corps à nouveau. Cette fois, le fond de la scène est habité de lumière et de fumée.

On pourrait dire la source, la naissance. L’origine. Le giron, le giron du feu.

Dans ma tête, le déclic se fait d’un coup: Loveland de Charles Stankievech, oeuvre présentée à la Triennale tout récemment. Encore une fois, le froid m’inspire. Tourné au Yukon, le court film met en scène un magnifique paysage  arctique (qui fait tout le fond d’une salle) où, tout à coup, des détonations se font entendre. Doucement, une étrange fumée mauve provenant d’une grenade militaire (que l’on ouvre en cas d’urgence) vient vers nous, poussée par le vent.

Et nous laisse dans l’incertitude, dans une inquiétante étrangeté. Que se passe-t-il? La situation est critique et, à la fois, cruellement belle. Ce feu symbolique, cette fumée, signe de détresse, ces situations désespérées d’un côté comme de l’autre qui laissent présager le pire. Détonation aussi dans les deux cas: et c’est plus encore qu’une simple explosion, c’est le signe d’un “avant” et d’un “après”, un fin craquement dans la ligne du temps, un point de non-retour. Encore une fois, glace et feu s’équivalent: c’est l’animal, la bête noire que l’on fuit: c’est notre pire cauchemar.

Tes mains brillent, la sueur est sombre, presque noire.

Il y a aussi Anselm Kiefer, à qui je pense. Ses oeuvres sombres, morcelées, qu’on dirait justement, passées par le supplice du feu. Suie, salive, cheveux, terre, tous des matériaux qu’il utilise pour créer. Comme traces de ce qui reste après un grand carnage. Car, n’est-ce pas ce que c’est? L’horreur, la détresse, la survie. Le souvenir, l’empreinte. Corps démembrés, morts. Et surtout, la résilience.

Là on a l’éternité devant nous.

Le metteur en scène me souligne qu’il s’est inspiré d’Olafur Eliasson. Je vois tout à fait. Éléments intangibles, ambiances plus que formes concrètes ou matières plastiques, Eliasson explore des lieux, des sensations que l’être appréhende par toutes ses sensorialités. Comme le théâtre, d’ailleurs. Un des rares lieux où des êtres sont devant nos yeux, dans le temps présent et sans présence du virtuel. C’est “l’ici et le maintenant”.

J’observe pendant plus de 3 heures. Le travail qui se fait est extrêmement détaillé, une vraie dentelle. Infimes détails, reprises de gestes, de mots. Un cri répété une dizaine de fois.

Gloria !

Ajouts de micro, d’effets. Trame sonore, crépitements, musique. Les costumes ont changé depuis la dernière fois. J’ai l’impression d’assister à une séance photo. Deux ou trois lignes, placement des acteurs, ajustement des lumières. Clic. Autre scène, déplacements, changements de position, gestes affinés. Clic. Une main ici, une jambe placée comme ça. Clic.

Paul ? Est-ce que je te plais à nouveau avec ma nouvelle coiffure ?

Et ainsi de suite. La scène devient un espace-temps particulier, un lieu à géométrie variable. Le plus fascinant, c’est la capacité des comédiens à se « reprogrammer » en quelque sorte, à chaque demande, à chaque changement. Mémoire effarante, physionomie modelable à l’infini. Je suis tout à coup extrêmement fatiguée. Eux aussi, vraisemblablement. Mais je quitte alors qu’ils restent là pour plusieurs heures encore. Le temps d’un café bien tassé, pour eux cette fois, et c’est reparti. Ils plongent à nouveau dans les écrits de l’auteur et je vais plonger dans les miens… jusqu’à la prochaine rencontre : la première médiatique.


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8
Jan 12

Journal de bord – décembre

Nous voilà de retour frais et reposés après les congés traditionnels des fêtes. Comment avez-vous occupé les vôtres ?

ø Le décor de TRISTESSE ANIMAL NOIR est monté et les comédien(ne)s font leurs premiers pas dans celui-ci. En apparence, il a l’air simple. En apparence.

ø Nous apportons les dernières touches à notre programme de soirée

ø Le piano de DISSIDENTS se porte bien.

ø Myriam Daguzan Bernier — a.k.a @mamerehispster — a assisté à sa première répétition le samedi 17 décembre. Ce qu’elle a vu et en a pensé, c’est là

ø Claude Poissant a complété sa distribution pour Bienveillance, le dernier texte de Fanny Britt qui sera créé à Carleton-sur-mer au mois de juillet. Aux Dany Michaud et Patrice Dubois déjà impliqués, s’ajoutent Louise Laprade, Sylvie de Morais-Nogueira (que vous avez pu voir dans Je voudrais me déposer la tête, Yellow Moon et L’Affiche) et Christian Roy.

ø Le TIME choisit les manifestants comme personnalité de l’année.
Le livre Une brève histoire du progrès est adapté au cinéma par Mathieu Roy et Harold Crooks, sous le titre de Surviving Progress.
Notre création du mois de mars porte le nom de DISSIDENTS et est initialement inspirée de ce même livre de Ronald Wright.
Le dernier livre d’Emmanuel Carrère, Limonov, parle d’un dissident en puissance.
Y aurait-il quelque chose dans l’air ?

ø Pascale, notre responsable du développement sera au APAP New York, pour pousser la compagnie en dehors de ses frontières. Venez lui dire bonjour si vous êtes dans le coin. Elle sera au stand collectif de CINARS.
Tandis que Claude est invité à Vancouver le 4 février, dans le cadre du PuSh Festival, pour donner une conférence sur la mise en scène.

ø Nous commençons à  préparer activement pour notre prochaine soirée-bénéfice qui aura lieu le jeudi 22 mars 2012 — inscrivez-la à votre agenda !

ø Que vous soyez youtube et vimeo, nos vidéos sont sur les deux réseaux. Pas de jalousie comme ça.


20
Dec 11

Coulisses (2)

Comme nous vous l’annoncions il y a quelques semaines, nous accueillons @mamerehispter dans nos murs pour quelques répétitions avant la première de Tristesse animal noir.
Voici son premier texte, après avoir assisté à la répétition du 17 décembre au matin. Toute la semaine, l’équipe technique s’était affairé à monter le décor. La veille, les comédien(ne)s y avaient apprivoisé l’espace pour la première fois.

La ville est froide ce matin et les rues sont silencieuses. Soleil aveuglant, buée dans les vitres, ma respiration qui forme de jolis nuages blancs. J’arrive à Espace GO, les joues rouges, le corps transi. Premier jour d’hiver. Accueil chaleureux, sourires, poignées de mains. Loges, salle de répétition, coulisses, décors, costumes. Des gobelets de café un peu partout. Les yeux sont encore petits, la journée est jeune. Au programme, essayage des costumes, deuxième répétition sur la vraie scène, enchaînement complet.

Quelques comédiens montent sur scène pour montrer les costumes. Change de chemise, Tourne, déhanche-toi. Aller-retour dans les loges, le costumier et son assistante s’affairent, l’un passe sans cesse de la scène à la salle, l’autre de la scène aux coulisses. Tissus, textures, gris, blanc, noir. Une comédienne arrive sur scène, sa peau est incroyablement blanche et sa robe crème la rend presque diaphane. L’image est belle. Ça discute partout : sur scène, dans les coulisses, en arrière de moi à la régie. Va mettre ton costume pour la troisième partie. Je veux de la peau, de la sensualité, de la chaleur. Les corps se donnent à voir, les comédiens regardent vers nous, la lumière leur fait plisser les yeux. On garde, on rejette, on réessaie. D’infimes détails changent toute la perspective. Ambiance relaxe, joyeuse.

15 minutes avant que la répétition commence. Les corps se délient, on entend un murmure, en fait comme un bourdonnement. Exercices pour étirer la mâchoire, sons, gymnastique faciale, élévation de la voix, prononciation exagérée. Chacun est dans sa bulle, son espace. L’une chante, l’autre étire son corps à même le sol où sont déjà posés les accessoires. Panier, glacière, bières, BBQ. Un micro s’allume et on entend une voix : 5 minutes.

Ça fourmille, s’active, l’ambiance change : plus sérieuse. Concentration et focus. Le metteur en scène fait ses recommandations : d’un bout à l’autre, on n’arrête pas, on oublie le stress, on s’amuse. Tout le monde se met en place, les premières notes se font entendre, la pièce commencera en musique. Une voix s’élève, belle et vibrante. Je pense rapidement au néerlandais Blaudzun. So tell the girl that I’m am back in town, Goodbye Ruby tuesday. Je suis subjuguée, les pièces sont réellement belles…

Les comédiens prennent place en silence. Installés par terre, la position me rappelle immédiatement la fameuse toile de Manet, Déjeuner sur l’herbe. Le revêtement vert sur le sol, la robe blanche presque transparente, les hommes qui entourent les deux femmes. Cette impression est peut-être augmentée par cet éclairage cru qui entoure les comédiens. Les effets de lumière seront travaillés au retour des fêtes. Pour l’instant, tout est donné à voir : comédiens qui patientent sur le côté avant de faire leur apparition, les corps en tension, subtilement arqués vers la scène ; le passage de certains en-dessous du plateau pour passer du côté cour au côté jardin et inversement.

La deuxième partie de la pièce est dure, sombre, ravageuse. Le texte, la description de cette horreur pure m’évoquent des toiles de Francis Bacon : des corps ravagés, fragmentés. Les sensations sont décortiquées, analysées, l’adresse à la troisième personne en parlant de soi-même donne l’impression que les personnages s’observent de l’extérieur, détachés d’eux-mêmes. Me vient aussi en tête les autoportraits d’Arnulf Rainer, ces photographies – sur lesquelles il intervient en peinture ou en dessin – où expérimentations fictives de blessures, des pertes des sens, de démembrement du corps participent à une idée de purgation, de catharsis. Passage par la douleur pour en arriver à une vérité criante des sentiments. L’affiche de la pièce ressemble d’ailleurs étrangement au traitement formel de Rainer…

L’équipe s’ajuste à mesure, le rythme coule, on bafouille, mais si peu. On répète la dernière ligne pour reprendre là où on a buté, on poursuit. J’entends des pas en arrière de moi: on change de perspective pour observer, la table de la régie craque, des murmures d’un côté et de l’autre, on note, pense à des ajustements à faire.

Les contacts entre les personnages sont furtifs, jamais prolongés. Chacun est profondément seul, la tentative de joindre l’autre est toujours, ou presque, avortée. Les comédiens ont assimilé ces gestes qui évoquent, esquissent cette volonté de toucher, reconnaître l’Autre dans ce capharnaüm: la simple tension d’un bras, une main qui s’élève parviennent à nous faire sentir ce besoin tristement inassouvi. Les corps sont, la plupart du temps, très droits et figés devant nous, récitant une mélopée ou fixant dans le vide pendant qu’un autre s’adresse au public. Ces tableaux vivants me rappelle encore une oeuvre, Singspiel de l’artiste Ulla Von Brandenberg. Vidéo étrange et silencieuse où une caméra effectue des travelling montrant des personnages d’abord regroupés dans un repas qui semble convivial et ensuite seuls dans différents lieux de la Villa Savoye construite par Le Corbusier. Parallèle intéressant, Anja Hilling dans la pièce évoque Frank Lloyd Wright et Fallingwater

Les dernières répliques sont prononcées, les comédiens s’en vont en coulisses. On sent un relâchement, les corps et les visages abandonnent la tension exigée par la pièce. On vous revient dans 10 minutes. C’est l’heure des commentaires, l’équipe va se regrouper pour parler à chacun des comédiens. Je sors en catimini, plusieurs pages gribouillées en main. Et la tête remplie : idées, images, réflexions. Le casse-tête va doucement se mettre en place. Je quitte le théâtre, pour mieux y revenir en janvier. Déjà hâte.

* J’ai choisi cette oeuvre d’Arnulf Rainer qui me semble faire étrangement  écho à l’affiche de la pièce. Je n’ai malheureusement ni le nom ni l’année de l’oeuvre que j’ai trouvé au hasard du web. Pour approfondir la recherche,  une partie de la collection du MoMA.


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30
Nov 11

Journal de bord – novembre

bienveillance

Que s’est-il passé pour l’équipe du Théâtre PÀP pendant le mois de novembre ? En vrac :

ø L’équipe de Tristesse animal noir a réinvesti la salle de répétition d’Espace GO. Les comédiens ont également enchaîné pour la première fois le 21 novembre. C’est une étape toujours difficile mais parole de spectatrice discrète — et évidemment un peu vendue —, c’est prometteur!

ø Nous avons convié Myriam Daguzan Bernier comme blogueuse invitée. Elle suivra quelques répétitions et assistera à quelques moments-clés de la semaine d’entrée en salle. Elle sera votre espionne.

ø Claude Poissant a repris ses répétitions avec l’équipe de Après moi, le déluge de Lluïsa Cunillé, une création présentée au Théâtre de Quat’sous. Avec Marie-France Lambert et Germain Houde, du 21 février au 18 mars 2012.

ø Nous préparons notre prochaine demande de subvention quadriennale au Conseil des arts et des lettres du Québec. Imaginer la compagnie pour les quatre prochaines saisons. Inspirant!

ø Patrice Dubois vient de terminer le tournage du film CAMION, réalisé par Rafaël Ouellet (qui a déjà réalisé Derrière moi). Le film réunit, outre Patrice Dubois, Julien Poulin, Stéphane Breton et Noémie Godin-Vigneau.

ø Olivier Landreville, le scénographe de Dissidents, a présenté ses propositions de maquettes à l’équipe de production.

ø Drôle de coïncidence, nos deux spectacles auront chacun des musiciens sur scène.

ø Fanny Britt nous a envoyé la première version de son texte. Création estivale qui prendra son envol à Carleton en juillet 2012.

ø Le contenu du programme de soirée de Tristesse s’élabore et s’affine. Les idées trop farfelues (on en a toujours beaucoup!) ont été éliminées… Il en reste peut être encore :)

ø Nous avons lancé notre encan-sur-le-web, juste à temps pour les fêtes. Il y en a pour tous les goûts et tous les prix, une belle manière de s’offrir de l’art contemporain!

L’idée du journal de bord vous plaît? Voulez-vous en savoir plus? moins? autrement?


28
Nov 11

Coulisses (1)

David Boutin x2

Les deux visages d'un même homme © Espace GO

À la rentrée, nous avons proposé à la blogueuse Myriam Daguzan Bernier d’assister à quelques répétitions de notre prochaine création Tristesse animal noir.
Ce projet est une coproduction avec Espace GO, le théâtre où nous sommes en résidence. Oui, nous, on est en arrière, sur la rue Clark (c’est mieux, on a la vue sur le Mont-royal et une belle exposition plein soleil). Ce projet de coproduction est une première pour les compagnies que nous sommes.

Évidemment, l’impatience commence à nous guetter, l’expérience est inédite – un texte d’une jeune dramaturge allemande, Anja Hilling, de solides comédiens (évidemment David Boutin mais aussi tous les autres…) et deux équipes qui travaillent de concours vers un même objectif.

C’est l’occasion rêvée pour l’accueillir et la laisser nous espionner, et livrer ce qu’elle y verra, avec le regard de quelqu’un qui ne connaît pas forcément les dessous de la création théâtrale.
Myriam assistera donc à quelques moments-clés de la création du spectacle et vous livrera ce qu’elle y a vu et ressenti. Pas de censure de notre côté.

Vous pourrez suivre ses écrits directement sur son blogue ou ici.

Ça vous tente?


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18
Nov 11

L’an 2 de l’encan-sur-le-web

Jonas Veroff Bouchard, Marie Samuel Levasseur, Michel Tremblay,
Yann Pocreau, Julie St-Amand, Nathalie Trépanier,
Richard Cloutier, Mathieu Beauséjour, Éric Champoux,
Lise Vaillancourt, James McDougall, Gabriel Fournier, Lino
sont les artistes participants à notre encan-sur-le-web, version 2.

 

 

 

À vous de jouer !


17
Feb 11

Montage – Jour 3 – #mercredi

Nous n’élaborerons pas sur la plénitude et tous les sentiments associés au fait de jouer et de vivre de son métier de comédien. D’autres le font ou le feront mieux que nous. Toutefois, il existe aussi un pan moins célébré. Celui de devoir vivre plus d’un mois avec le style de son personnage.

Ainsi, Patrice Dubois – qui joue le rôle de Gaston Talbot, dans son mode cow-boy – a dû se faire pousser la moustache et revenir à un style plus seventies. Au mois de mai dernier, lors de la création au Festival TransAmériques, il avait également des mèches blondes, auxquelles il a réussi à échapper cette fois-ci.

Vous le voyez, sur cette photo, maquillé pour la scène. Il est normal que les maquillages de théâtre soient très marqués pour accrocher la lumière. Vous pouvez d’ailleurs le comparer entre la photo brute et la photo sur scène.
Au quotidien, malheureusement pour Patrice, nous ne sommes pas au mois de novembre, il aurait pu faire passer sa moustache pour un acte en faveur du Movember. Pas de chance pour lui, pas d’excuse, sauf celle d’être comédien!

Quant à Mani Soleymanlou, qui joue le Gaston Talbot plus fragile, la longue barbe noire qu’il porte en ce moment va être sacrifiée (ce n’est pour lui déplaire en passant) au profit d’une nouvelle coiffure. À vous de la découvrir dès la semaine prochaine. On voit ci-dessous la version du mois de mai dernier.

The Dragonfly of Chicoutimi est présenté au théâtre Espace GO, du 22 février au 19 mars 2011.


16
Feb 11

Montage – Jour 2 – #mardi

À votre avis, est-ce un accessoire de notre prochain spectacle ?

photo poussette