Trois choses que ce métier exige
Trois choses qu’il nous faut avoir pour le pratiquer
Du culot, de la santé et de la mémoire
Trois mots, qui m’ont été laissés en héritage.
Trois mots, qui résument bien l’enseignement qu’a prodigué monsieur Dalmain
Au jeune inculte que j’étais
Qui ne connaissait rien des grands textes
Du souffle qu’ils demandent
Du cœur qu’ils impliquent
Qui ne savait rien du « Ô accent circonflexe »
Qu’il faut étirer OOOOOOO…
Qu’il faut « prononcer ».
ÔÔÔÔÔ… que j’étais rempli de l’ignorance et de la vanité des premiers jours
Culot, santé, mémoire
Dans le culot, il y a l’audace, l’affront
Il y a la jeunesse aussi,
Le cœur de la jeunesse qui avance sans craindre et craint sans reculer
Dans le culot, il y a la détermination profonde de n’être pas commun, d’être soi,
Il y a le fantasme de conquérir et de garder sa liberté de parole
De se forger une pensée libre et un esprit alerte et sain
Le culot, c’est l’esprit de l’acteur
Culot, santé, mémoire
La santé, c’est le corps
Cette charpente osseuse qui se lève et monte sur scène
Comme dans « grimper, se hisser, s’élever sur scène »
Monter sur scène pour se tenir debout, sans fléchir
Dire ce qu’on a dans le cœur et dans le ventre
La santé, c’est ce qu’on reçoit comme un cadeau à 20 ans
Et que l’on s’acharne à garder pendant les 70 années suivantes
La santé, c’est le combat de l’acteur
Mémoire
Le corps et l’esprit réunis
Mémoire, c’est la possibilité d’apprendre et de reproduire, d’imiter puis de s’approprier
« Il faut être un bon imitateur », disait monsieur Dalmain
La mémoire est d’abord, et surtout un instrument utile pour transmettre
Dire d’où nous venons
D’où viennent les grands textes
Et où ils se posent en nous
Où ils reprennent vie et gardent sens.
Transmettre et faire acte de mémoire
C’est bien ce que monsieur Dalmain a fait toute sa vie
Et de ce don de lui-même, je l’en remercie profondément.
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