16
May 12

De la bonté

« Entre la bonté et moi, il y a une autoroute de campagne devant un verger.
Vouloir être bon, c’est vouloir atteindre un pommier pour cueillir une pomme alors que je suis de l’autre côté de l’autoroute.
Vouloir être bon, c’est vite suivi de trois constatations inéluctables :
1. Y a ben trop de trafic.
2. J’ai pas le temps d’attendre.
3. Des pommes, je suis aussi ben d’aller m’en acheter. »

-Fanny Britt

Bienveillance sera présenté au Studio Hydro-Québec du Quai des arts
774, boul. André-Perron, Carleton-sur-mer
10 juillet au 18 août 2012
Du mardi au samedi à 20h30
Forfaits disponibles
Billetterie : 418 364-6822 poste 351

Une coproduction Théâtre PÀP / Productions À tour de rôle


03
May 12

Journal de bord – mai

Long time no see, comme dirait l’autre.

Manque de temps, peur du ressassement et de la redite. Alors des fois, on préfère se taire. Et c’est tant mieux, non? Mais on ne s’est pas mis les orteils en éventail pour autant (presque pas).

ø Ça va être long jusqu’au prochain spectacle alors on en profite pour vous présenter un chouette projet de podcast. Auquel Patrice pensait depuis un petit bout de temps, et qui voit enfin le jour, grâce à la précieuse collaboration des artistes et de Jean Gaudreau.
D’ici la fin du mois de juin, vous pourrez entendre Évelyne de la Chenelière, Olivier Choinière et Martin Faucher parler de leurs pratiques respectives. Chacune des trois entrevues est découpée en trois, et dès aujourd’hui, les premières parties sont disponibles. La suite le sera bientôt (un peu de suspense quand même).

Pour écouter, deux choix:
Notre page SoundCloud, pour l’écouter directement sur votre ordinateur.
Par iTunes, en vous abonnant au podcast créé à l’occasion. Comme ça, vous pouvez nous emmener avec vous.

ø Depuis la fin de Dissidents (dont on sait qu’il vous a laissé avec bien des questions — mais c’était un des objectifs), notre saison officielle est terminée. Mais pour la première fois dans l’histoire du PÀP, on prépare une création estivale et on part respirer l’air marin de la Gaspésie. Nous initierons, par la même occasion, une coproduction avec les Productions À tour de rôle. Pour cela, Claude Poissant, Patrice Dubois et Dany Michaud ont fait appel à Fanny Britt (rappelez-vous Couche avec moi (c’est l’hiver)) pour écrire le texte. Voici le résultat.
Et si vous veniez nous y voir ? C’est un excellent prétexte pour passer par .

ø Patrice vient d’arriver en Provence avec quelques compagnons. Frédéric Dubois, Olivier Kemeid, Martin Labrecque et lui-même ont été invités en résidence par La Chartreuse  Centre national des écritures de spectacle, à côté d’Avignon, pour un laboratoire de création autour de Five Kings. Une présentation publique aura lieu le lundi 14 mai à 18h30. Si jamais, vous êtes dans le coin.
Si ça vous dit de voyager un peu avec eux, retrouvez leurs photos sur Instagram

ø Claude vient de travailler avec les étudiants de troisième année de l’École nationale de théâtre. L’issue en a été la présentation publique d’un laboratoire sur le dramaturge français Jean-Luc Lagarce. Les extraits présentés ont été pour beaucoup l’occasion de découvrir l’univers et l’écriture de cet auteur, précocement enlevé par le SIDA. Voici un extrait de son Journal récemment publié :

::: MARDI 24 AVRIL 1990 […]

Un fou, du genre « théâtreux miséreux haineux » comme on en voit partout, à Besançon ou à Paris. Celui-là s’appelle Olivier. Il est français, il vit ici et il y donne des cours de théâtre, de danse et à l’entendre, il « est un metteur en scène qui monte » (cela me donne toujours le vertige, les Perrichon). Il me donne rendez-vous au Café Möhring. Il y a deux cafés Möhring sur le Ku’damm mais j’aurais pu supposer que « c’était évidemment celui-ci ». Il est installé au fond de la deuxième salle, à l’abri des regards indiscrets – ses admirateurs ou ses créanciers – dans la partie « non-fumeur » (encore une évidence que j’aurais pu deviner !) et malgré mon Libération sous le bras, mon béret sur la tête et mes clins d’œil à tout ce qui pouvait lui ressembler de près ou de loin (et j’imagine toujours « en mieux »), nous éprouvons quelques difficultés à nous trouver. Je suis en retard et il m’engueule à moitié. Ensuite, long monologue post-baba. (Il a les cheveux longs et une barbe car « il a un projet sur Robinson Crusoé ».) Il va quitter l’Allemagne, car « la vie n’y est plus possible » et il va partir en Amérique du Sud, où là, c’est conne, les gens de théâtre « ont un vrai contact avec la population » (Cuba, oui, mais vous m’arrachez les mots de la bouche). Peter Stein est un nul (je tentais une esquisse de dialogue et Roberto Zucco, peut-être…). Non ! Koltès est un nul. Chéreau aussi, d’ailleurs, Chéreau est un nul. D’ailleurs, lui-même ne va jamais au théâtre, « pour rester pur de toute influence ». La Schaubühne est vide, j’insinue qu’elle était pleine pour Roberto Zucco… Non ! Elle est vide. C’étaient des touristes ! Bon, quoi d’autre ? Le Mur est tombé, c’est bien, oui mais ce sera la pagaille. Nazisme, anarchie, libéralisme, je ne me rends pas compte mais lui, là, comme je le vois, « il connaît des gens haut placés » et il sait. « Vous verrez. » Bref, sottisier et paranoïa habituelle. Je continue ma liste plus tard. :::

ø Patrice Dubois (encore lui!) avait écrit un texte sur la désobéissance, lors de la remise du dernier Gala des Cochons d’or. En voici quelques extraits. Pour en lire l’intégralité, la Revue Jeu vient de le publier intégralement dans le numéro 142.

::: Les philosophies locales qui prévalaient dans chaque théâtre (oui, parlons théâtre tiens) ont été remplacées par des procédés globaux. Nous avons adhéré à des modus operandi semblables, et de mesures en comités, de formulaires en 5 à 7 nous avons fini par nous mondialiser de l’intérieur pour mieux adhérer, plaire, séduire. Les jeunes artistes sont retouchés sur photo avant même d’avoir vécu quoique ce soit et d’être montés sur scène pour crier le monde. Les vieux, qui ont jadis quitté les institutions en réclamant changements et réformes sont aujourd’hui ceux qui se terrent à l’intérieur de ces mêmes institutions. Ils ont avalé la clé pour qu’on n’y entre pas. Et ils célèbrent. Ils célèbrent les 40 ans de ci, les 50 ans de ça, les 20 ans de la mort d’un tel, les 15 ans de la fin de Gerry, Aurore, Marie-Lou et l’époque disco. On célèbre constamment le souvenir d’un temps passé et le théâtre – cet « art du temps présent » – ne chronique plus son époque, son temps. Ne parle plus de la situation politique, sociale, sociétale de maintenant. [...]
On a envie de penser : « et oubliez donc aujourd’hui. »
On a envie de proposer :
« Venez penser autrement. »
« Passez la tondeuse sur votre vie ordinaire »
« Venez crier : c’est mauvais » :::

ø Les saisons régulières de théâtre se terminent bientôt et déjà, le Festival TransAmériques arrive à grand pas tandis que le OFFTA dévoilait sa programmation hier soir. Avez-vous déjà acheté des billets, prévu d’y assister ? Quels sont vos premiers choix ?


01
May 12

Concours Jeunes Critiques – 2e édition

Pour la deuxième année de suite, nous avons lancé un défi aux étudiants et aux jeunes critiques en herbe présents à nos productions : envoyez-nous vos critiques sur notre pièce Dissidents et nous choisirons une critique gagnante qui fera preuve d’une analyse stimulante et personnelle ! Ce gagnant recevra une paire de billet pour notre prochain spectacle et verra son texte publié sur notre blogue…

Et bien, après un choix qui s’est avéré difficile encore une fois, nous avons deux gagnants à vous annoncer et deux critiques étudiantes à vous faire lire ! Gabrielle Prince-Guérard du Cégep de Saint-Hyacinthe et Magued Wahba du DEC en Techniques juridiques au Collège Ahuntsic sont ex-aequo ! Bravo à vous deux et merci à tous ceux qui ont participé.

Gabrielle, ton analyse poussée et ton style éloquent nous ont épaté, et Magued, tes réflexions et tes liens entre la démarche artistique et notre monde actuel nous ont impressionné. Vos points de vue bien ancrés nous permettent de réitérer que le théâtre sert bien à quelque chose dans ce monde ! Félicitations !

 Dissidents : hors des paradigmes — Gabrielle Prince-Guérard

Présentée à l’ESPACE GO, Dissidents, pièce écrite par Philippe Ducros, un jeune auteur dont les visées sociales font partie intégrante de son cheminement artistique, et mise en scène par Patrice Dubois, est un véritable plaidoyer en faveur de l’indignation. Remettant en question les dogmes préétablis de notre société, ce duo accuse l’apathie ambiante, le cynisme à grande échelle et le confort indolent de notre système où se plaisent et se complaisent les tenants de notre fausse démocratie.

La pièce s’amorce sur une scène chargée du noir le plus complet : l’absence de toute forme de couleur laisse le spectateur dans un état d’incertitude. La frontière entre la lumière – peu présente – et l’obscurité est lieu d’un éternel combat. Étant farouchement symbolique, cette entrée en matière se poursuit tout au long de la pièce, le noir faisant partie intégrante du décor. On assiste à l’impuissance, car sans lumière, un individu, et même une collectivité, ne peut aller de l’avant. Est-ce une attaque directe portée au thème du progrès? Certainement, mais il ne faut pas oublier que s’opposer à toute forme d’avancement est d’appuyer en quelque sorte le statu quo. Le progrès, certes, est un thème prédominant, mais la violence le surpasse grandement sur toutes les facettes. On en parle comme d’une vieille amie de l’homme : toujours présente, elle offre ses services à quiconque le désire. Par contre, elle est vicieuse, car elle est source et solution de conflit dans toutes les sphères de l’humanité y compris le théâtre, car oui, Dissidents est une pièce violente par son propos. Elle dérange et c’est tant mieux.

Faisant fi des montages audio-visuels compliqués, Dubois laisse une place beaucoup plus grande au texte en ne s’enorgueillissant pas d’installations spectaculaires comme d’autres théâtres ont la fâcheuse habitude de faire. Le décor minimaliste permet à la langue de Ducros de rejoindre directement  notre pensée, sans détours, sans artifices.  D’autre part, il est facile de tomber dans une trop grande part d’objectivité lorsqu’on aborde le sujet du militantisme social. Or, Ducros joue de subtilité et de nuances en maniant les mots pour faire de Dissidents un texte touchant et réfléchi. Soulevant le sentiment d’impuissance d’un homme seul face aux problèmes actuels, l’auteur nous fait part de sa vision alarmiste du monde avec un texte fort que l’on reçoit comme un coup de poing.

Les acteurs relèvent avec brio ce défi que de jouer cette pièce. La folie et le réalisme s’entremêlent pour créer un mariage grinçant qui prend à la gorge et laisse une impression de désarroi. Les personnages évoluent au gré d’aveux et de remises en question sur des sujets qui peuvent paraître immuables à l’instar des nombreuses crises humanitaires passées, présentes et même futures.  Par contre, il est difficile d’exercer à la fois le rôle de metteur en scène et celui d’acteur, tout en s’assurant de porter un regard extérieur, lorsque vient le temps de bâtir une pièce cohérente. Il s’agit d’une lacune, puisque la pièce à certains moments manquait de clarté : le drame familial est-il réel? Le véritable coupable est-il cet homme sans nom ou le «système» dans lequel nous vivons? D’une part, le spectateur se voit offrir la possibilité d’emprunter plusieurs pistes différentes pour déchiffrer Dissidents alors que d’un autre côté, un chemin sans ambages nous aurait permis de cerner le véritable message de l’auteur. Le contenu est légèrement dispersé avec cette histoire parallèle d’enfant assassiné, tandis qu’il aurait été bien d’aborder le sujet d’une manière plus unilatéral, un peu comme l’a fait l’auteur avec L’affiche.

Il est de certaines pièces dont la pertinence peut être remise en question et dont la portée est limitée par un manque de vision des concepteurs. C’est tout à fait le contraire pour Dissidents, que l’on peut considérer comme un chef-d’œuvre du théâtre québécois, car significatif dans ses plus profondes entrailles et universel par le propos du personnage principal, cette pièce est doté d’un caractère intemporel qui nous rejoint et rejoindra les générations futures.  Alors qu’il fait preuve d’une finesse remarquable, tout en maniant des thèmes fondamentaux qui ne se prêtent pas facilement à l’exercice artistique, le tandem Ducros-Dubois fait figure d’un véritable modèle pour le théâtre québécois.  Il s’agit d’un succès retentissant, d’un bond en avant magistral.

 Analyse de la pièce Dissidents — Magued Wahba

J’ai apprécié le contenu de la pièce à la fois poétique et politique. Les personnages nous incitent à réfléchir à plusieurs enjeux actuels, en particulier le dissident (Lui) qui nous ébranle avec son silence, sa colère et ses cris. Il conteste la déconstruction dans le monde actuel; il fait preuve de force par sa lutte et son optimisme malgré sa dépression et sa confusion. Il agit et prend la parole pour dénoncer l’indifférence humaine envers les injustices, les guerres, la famine.

La mise en scène de Patrice Dubois était géniale! Ce dernier est très habile à faire en sorte que les lieux et l’ambiance reflètent l’état d’esprit des personnages. Tout concourt à intensifier la tension que vit intérieurement le dissident : l’ambiance sonore ponctuée d’aboiements de chiens nous tient en haleine, l’espace vide fait écho à l’angoisse du personnage tandis que le décor qui l’emmure crée un effet d’enfermement. Cette tension est palpable à un point tel que je me suis senti étouffé par la noirceur lors des changements de tableaux ou de décor. J’étais obligé de regarder le panneau de la sortie afin de trouver une certaine lumière. Même les accessoires et les déplacements des personnages concourent à cet effet d’oppression. Les chaussures sont un élément de la surprise, un choc. On pense spontanément à des victimes. Ont-elles été tuées par un acte terroriste, par les guerres, par l’indifférence ou plutôt par la famine? La guitare de la petite fille sonne comme une alarme : elle la jette sur la scène, causant un coup brutal, ce qui nous fait penser à la mort.

J’ai fais un lien entre cette pièce et ce qui se passe actuellement dans le monde arabe. Cette pièce me rappelle de tout ce qui s’est passé en Égypte, mon pays d’origine. Je pense avec émoi à la violence et les massacres qui ont entraîné la mort de centaines de manifestants et ont fait des milliers de blessés. Je pense aux martyrs qui se sont révoltés pacifiquement pour revendiquer la liberté, le progrès, la démocratie, l’amélioration de leurs conditions de vie. Je me souviens de l’amie intime et la collègue de ma mère au travail, une femme qui m’avait comblé souvent par sa générosité et sa tendresse, qui a été écrasée avec cruauté par un char de combat militaire durant les manifestations. Je me rappelle aussi des chrétiens qui ont été tués lors de la prière dans une église égyptienne le jour de l’an par une bombe à cause de leur religion. Je n’ai jamais oublié les 74 supporters, les milliers des blessés qui ont été tués sans aucune raison au début de l’année 2012 par l’ancien régime égyptien au stade Port–Saïd en Égypte durant un match de football.

Cette pièce m’a aussi amené à penser aux présidents et aux dirigeants qui ont volé les richesses de leurs pays alors que leur peuple était plongé dans la famine; aux Palestiniens qui défendent leurs terres et leurs maisons; aux Haïtiens qui meurent de faim et de pauvreté. Tous ces événements m’ont poussé à partager les idées de Dubois et de Ducros. Je joins ma voix à la leur pour exprimer haut et fort mon désaccord et mon indignation:

«Jusqu’à quand l’humanité va souffrir?»

 


27
Mar 12

Dernière semaine de Dissidents

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Oh oh, il ne vous reste que 5 jours pour aller voir nos Dissidents.

Pour l’occasion, concours !

Une paire de billets sera tirée au sort pour jeudi 29 mars ET vendredi 30 mars, parmi les bonnes réponses proposées à la question suivante :

Quelle est le nom du personnage incarné par Éveline Gélinas dans Apparences, la série de Serge Boucher, réalisée par Francis Leclerc et présentée par Radio-Canada cet hiver ?

=> Répondre avant mercredi 28 mars, à 10h.

=> Répondre dans le champs de commentaires à la fin de l’article

 

Les représentations ont lieu au Théâtre Espace GO, 4890, boul. Saint-Laurent, à 20h.
Les billets seront à retirer à la billetterie, le soir même. Les gagnants seront contactés par messages privés.

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« Plus nuancée que jamais, sa pièce agite finalement une grande question: comment agir pacifiquement pour contrer l’inévitable course à notre disparition ? (…) Dissidents affiche la même colère [que L'affiche] et pose de graves questions, proposant toutefois une réflexion plus vaste et provoquant un grand vertige intellectuel, qu’il est passionnant de tenter de maîtriser. (…) Spectacle essentiel et dérangeant. »
Philippe Couture – Le Devoir

« À l’image de tous les projets artistiques de Philippe Ducros, ce texte est un cri du coeur contre l’indifférence. Une invitation à la mobilisation contre les injustices de ce bas monde. »
Jean Siag – La Presse

« Dans le rôle central, Patrice Dubois – d’abord au neutre, puis porté par une colère explosive – est subjuguant. »
Mélissa Proulx – Voir

« Sébastien Dodge, en antagoniste questionneur, est délicieux d’étrangeté. (…) Patrice Dubois, dont la rage contenue est éclatante, réussit à nous entraîner dans les méandres du délire et de la souffrance du Dissident. »
Daphné Batalon – Montheatre.qc.ca

« Définitivement, une pièce à voir pour ses propos d’actualité qui nous touchent tous d’une manière ou d’une autre. »
Rony Civil – Blogue de La Vitrine

Entrevue avec Patrice Dubois et Philppe Ducros - VOIR TV, Télé-Québec

Entrevue avec Philippe Ducros - Le Gang Bang, CIBL 101.5 FM


20
Mar 12

Rencontre avec Mathieu Roy – 23 mars

VENDREDI 23 MARS, À 21H30

Dans la salle de théâtre – À Espace Go - Gratuit

Invité spécial : Mathieu Roy, réalisateur 

Avec Patrice Dubois, metteur en scène et comédien de Dissidents et codirecteur artistique du Théâtre PÀP et Claude Poissant, codirecteur artistique du Théâtre PÀP.

Cette discussion se fera en présence du réalisateur Mathieu Roy, qui abordera, en compagnie de Patrice Dubois et Claude Poissant, les parallèles à faire entre Dissidents etSurvivre au progrès, son long métrage documentaire sorti à l’automne 2011.

Ces deux œuvres ont été inspirées par l’essai sociologique Brève histoire du progrès de Ronald Wright et proposent, chacune de leur façon, une réflexion sur les mouvements des grandes civilisations, dont la nôtre, et les conséquences de l’idéologie du progrès.

Mais comment cette thématique commune se reflète-t-elle dans le traitement artistique de ces œuvres ? Par sa présence, Mathieu Roy saura nous apporter sa vision de réalisateur en ce qui concerne les thèmes abordés par le spectacle de théâtre Dissidents et sa propre œuvre.

Une rencontre autour du processus de création artistique lié aux enjeux sociopolitiques de notre actualité, offrant une riche matière à réflexion.

MATHIEU ROY est un cinéaste montréalais qui a frayé dans les univers parallèles du cinéma, du théâtre, de l’opéra, de la télévision et de la musique classique. Ce faisant, Mathieu a parcouru la planète et collaboré avec plusieurs artistes inspirants dont le légendaire cinéaste new-yorkais Martin Scorsese. Son long métrage documentaire SURVIVING PROGRESS, tourné en Chine, au Brésil et en Amérique du Nord, propose une réflexion sur les ravages de l’idéologie du progrès et sur la destinée de notre civilisation. Produit par Daniel Louis et Denise Robert en collaboration avec l’ONF, le documentariste canadien Mark Achbar (The Corporation) et Martin Scorsese à titre de producteurs exécutifs, le film a été lancé au prestigieux Toronto International Film Festival. Sorti à l’automne 2011 dans les salles de cinéma canadiennes, le film parcourt, depuis, les festivals internationaux et sortira en salles aux États-Unis en avril 2012. Mathieu travaille actuellement avec le producteur Roger Frappier sur son premier long-métrage de fiction, un drame familial intitulé L’Autre Maison dont le tournage doit débuter à l’été 2012 avec le comédien français Michel Bouquet et le comédien québécois Roy Dupuis.

SURVIVRE AU PROGRÈS Présenté au dernier Festival international de films de Toronto, ce documentaire cinématographique, inspiré du best-seller Brève histoire du progrès de Ronald Wright, pose un diagnostic subversif sur le progrès de l’humanité et les pièges qu’il apporte. Le réalisateur Mathieu Roy et co-réalisateur Harold Crooks, par le biais de scènes mémorables et le regard lucide de grandes personnalités tels que David Suzuki, Jane Goodall, Margaret Atwood et Stephen Hawking, sondent la nature fondamentale et dérangeante de ce qui est qualifié de progrès.

=> survivingprogress.com

 

EXTRAITS DE CRITIQUES – DISSIDENTS

«Ducros a inventé un personnage à son image, un révolté qui aurait très bien pu naître de la plume d’Albert Camus. Il fait face, comme les jeunes révolutionnaires de la pièce Les justes, au caractère destructeur de sa propre révolte. En menant un juste combat contre une civilisation ultraconsommatrice qui détruit l’environnement et creuse les inégalités, il risque lui-même des dérapages violents qui pourraient anéantir une partie de l’humanité qu’il cherche à défendre. Plus nuancée que jamais, sa pièce agite finalement une grande question: comment agir pacifiquement pour contrer l’inévitable course à notre disparition? » Philipe Couture – Le Devoir

«À l’image de tous les projets artistiques de Philippe Ducros, ce texte est un cri du coeur contre l’indifférence. Une invitation à la mobilisation contre les injustices de ce bas monde.» Jean Siag – La Presse

«Dissidents affiche la même colère [que L'affiche] et pose de graves questions, proposant toutefois une réflexion plus vaste et provoquant un grand vertige intellectuel, qu’il est passionnant de tenter de maîtriser. (…) Spectacle essentiel et dérangeant.» Philippe Couture – Le Devoir

«Dans le rôle central, Patrice Dubois – d’abord au neutre, puis porté par une colère explosive – est subjuguant.» Mélissa Proulx – Voir

«Sébastien Dodge, en antagoniste questionneur, est délicieux d’étrangeté. (…) Patrice Dubois, dont la rage contenue est éclatante, réussit à nous entraîner dans les méandres du délire et de la souffrance du Dissidenté.» Daphné Batalon – Montheatre.qc.ca

 

CONCOURS 
À cette occasion, on organise un concours. Il faut répondre directement dans les commentaires.
> Quelle est la dernière mise en scène que Patrice Dubois a réalisée au Théâtre PÀP ? <

Le gagnant, tiré au sort parmi les bonnes réponses, se verra remettre une paire de billets pour la représentation de vendredi 23 mars à 20h.
Date limite : mercredi 21 mars à 11h.


10
Feb 12

Concours #Instagram

Concours #instagram Le banc de poissons est sur la route… Bientôt dans votre salle de théâtre préférée.

Vous savez – peut-être – que nous sommes sur Instagram et que nous aimons beaucoup ça. À l’instar de beaucoup d’entre vous aussi ! Alors, on a eu l’idée d’organiser un petit concours autour du spectacle et de la photographie. Et ainsi, de vous permettre d’être parmi les premiers à découvrir le spectacle.

Modalités du concours

ø Sur les thèmes de l’indignation, de la révolte ou de  la prise de position, prenez une photo de ce qui, pour vous, représente un de ces thèmes-là. Laissez libre cours à votre imagination, que ce soit sur un plan économique, politique, environnemental, urbain ou tout simplement quotidien.

Par exemple, il y a eu ça ou ça.

ø Publiez-là ensuite sur votre compte instagram.

ø Ajoutez à votre photo le mot-clé #dissidents12 et le tag @theatrepap, au moment de la publication. Sans ces mot-clés, nous ne pourrons avoir accès à votre photo.

Vous pouvez également nous envoyer le lien de votre photo dans un commentaire ci-dessous (facultatif).

ø Durée du concours : à partir de maintenant, jusqu’au 1 mars inclus.

ø Résultats : le vendredi 2 mars. Les photos les plus originales seront choisies et les gagnants se verront remettre chacun une paire de billets pour le spectacle.

ø Lots : 1 paire de billets pour le mardi 6 mars 2012
1 paire de billets pour le mercredi 7 mars 2012

ø Des questions ? par courriel info@theatrepap.com ou dans la zone de commentaires ci-dessous.


02
Feb 12

Journal de bord – janvier

La basse de la petite dans Dissidents Quel mois de janvier ! À peine rentré(e)s de congés festifs, que nous fûmes emportés par la vague de

ø Tristesse animal noir, qui a commencé le 17 janvier. Une première dans l’histoire d’Espace GO et du Théâtre PÀP : les deux compagnies se sont associées pour produire le spectacle malgré un heureux voisinage qui dure depuis plus de 15 ans.

ø Rédaction de nos demandes de subventions, sur lesquelles nous avons travaillé de façon acharnée, comme toutes les compagnies et lieux de diffusion au Québec. Sur une période de deux ans pour certains, quatre pour d’autres. Faire le bilan, (pré)voir l’avenir, répéter la nécessaire présence/mission de chacun. Ça y est, les dés sont jetés.

ø Claude, à peine sa première mise en scène/cru 2012, livrée aux yeux du public, a rejoint Marie-France Lambert et Germain Houde pour travailler plus intensément à la prochaine création du Théâtre de Quat’sous.

ø Il réussit quand même, entre temps, à partir à Vancouver pour donner une conférence sur la mise en scène, au PuSh Festival. Accompagné de Pascale, ils arpenteront les rues de la ville (ou plutôt celles du PuSh…).

ø Mamerehispter a, depuis son premier en décembre, écrit deux autres textes sur les coulisses de Tristesse animal noir. Vous pouvez les lires , et .

ø Nous multiplions les collaborations et coproductions (celle avec GO récemment bien sûr, et avec la Gaspésie cet été) mais une plus proche s’en vient très rapidement. Des thèmes communs, une volonté de parler du monde qui nous entoure, d’une prise de parole nécessaire, d’un passage à l’action indispensable. C’est pourquoi, les productions Hôtel-Motel, le Théâtre de Quat’sous et nous-mêmes nous sommes associés pour vous présenter le déambulatoire photographique et théâtral de Philippe Ducros, La Porte du non-retour. Du 6 au 17 mars, vous pourrez (re)voir ce parcours, présenté pour la première fois au Festival TransAmériques en 2011.

ø Finalement, il n’y aura pas que du piano dans Dissidents, mais aussi une guitare basse. Finalement, le PÀP est un animal chantant cette année.

ø Et, au milieu de tout ça, on n’oublie pas de préparer ça.


20
Jan 12

Coulisses (4)

Jamais deux sans trois, dit-on. J’entre pour la troisième et la dernière fois dans le théâtre pour observer ce qui se trame, pour zieuter la préparation de la pièce. Parce que c’est ce soir que ça se joue, dans tous les sens du terme. On m’a invitée toutes ces fois à m’installer dans les coulisses, métaphore pour indiquer que j’espionnerais tout ce qui se passe avant la vraie représentation. Ce soir, ce n’est plus une image: je m’installe carrément dans les loges.

Recroquevillée sur un petit divan, les jambes repliées sous mon corps, je me fais oublier pour mieux observer, cahier de notes et crayon à la main. Nourriture sur la table: clémentines, jujubes, chocolats, biscuits, noix. Des fleurs aussi. Des orchidées. La régisseuse remplit d’eau des bouteilles de bière, prend du jus de canneberges pour le vin. Une des comédiennes promène le faux bébé, cette petite chose enrubannée réaliste à s’y méprendre. On entend les mots “merde” qui fusent à l’occasion. Moi qui croyais que c’était tabou. Ça grouille de partout dans cet espace. L’un fait les cent pas, l’autre chantonne. Je m’attendais à une ambiance plus lourde, sérieuse et stressée. Pas du tout. Joie, sourires, blagues à profusion.

Metteur en scène : “Ah ! t’es venue ! c’est gentil !” Comédienne, en riant: “Ben oui, j’me suis dit, pourquoi pas !”

Il y a toute une chorégraphie en cours, et cette fois, elle n’est pas sur la scène, mais dans les coulisses. Derniers détails, questions à la volée, prévisions pour la soirée: froid, tempête, stationnement, retards, heure de commencement. Préoccupations terre-à-terre. Je pense à mon boulot où on monte une exposition. Depuis le début de l’expérience, je réalise que c’est assez similaire. C’est un intense moment: capacité de cohésion d’une équipe pour arriver à réaliser un projet, travail acharné, soirées hypothéquées, fatigue, adrénaline, stress, recommencement, finition, réflexions, oublis, essais, erreurs. C’est une danse complexe, une danse à plusieurs, qu’il faut savoir coordonner, organiser. Grande joie à observer l’humain dans de merveilleux moments de création comme ceux-là. J’ai des Manet, Renoir et surtout Degas en tête, car je suis la flâneuse* qui observe sans être vue.

J’entends encore les bourdonnements, les cris, les voix qui s’élèvent et meurent dans un grand soupir. Il y a des restes de café et de thé sur la table. Pour la première fois, je vois les costumes qui ont finalement été choisis, les maquillages, les coiffures. Je ressens une drôle d’impression: les comédiens sont devant moi, mais j’ai un peu le sentiment d’être avec les personnages. Ce sont surtout eux que j’ai appris à connaître, qui ont pris vie devant mes yeux. Jennifer passe et me sourit. Miranda serre fort son bébé. Étrange dédoublement.

J’ai le temps d’aller fumer une clope ?

Les comédiens sont demandés sur scène, j’entends le plancher qui craque, je vois l’intensité des lumières qui baisse. On pratique la finale. Je me dirige en catimini vers les rideaux noirs que je pousse doucement. Ils sont tous là, debout, découpés dans la pénombre. Ils s’avancent tous ensemble. Non, ça ne marche pas, on recommence. Une comédienne est désignée pour lancer le salut. Rangée uniforme sur le bord de la scène, ils saluent un public fictif. Retour dans les loges. Ça rigole, ça parle fort. Anecdotes hilarantes.

25 minutes avant l’ouverture de la salle !

L’ambiance se transforme. Concentration. Bruits, voix en crescendo, en decrescendo, cri presque primal, ensuite victorieux, murmures. Sorte d’incantations vocales. Quelqu’un saute sur la scène, frappe du pied, saute encore. Ça discute, ça parle partout à la fois. Odeur de toasts brûlées. Rapide, rythmé par le stress, fébrile. Les comédiens ont l’air de lions en cage, prêts à attaquer la pièce à coup de dents, de griffes. Prêts à tout donner.

Qu’ils viennent, s’ils n’ont pas peur !

On atténue les lumières dans la pièce. On commence à s’envoyer des messages d’encouragement, se taper dans le dos, s’embrasser, se faire des accolades. Le temps file, l’heure approche. On finalise les derniers détails. Pour la énième fois, on demande au metteur en scène s’il est nerveux.

Non, j’ai hâte.

Il ne reste que quelques minutes. La lumière est éteinte dans la loge qui est éclairée par quelques pièces encore illuminées aux alentours. Les comédiens parlent moins fort. Il y a comme une forme de recueillement tout à coup. Chuchotements, pas plus légers. Je m’éloigne de la salle pour les laisser ensemble, mais continue à les observer d’un peu plus loin. J’entends les gens qui entrent dans le théâtre, le murmure de la foule. Le metteur en scène passe à côté de moi, prend une respiration et s’en va offrir un mot pour présenter la pièce. Tout à coup un cercle, une accolade de groupe entre les comédiens. Au centre, quelqu’un dit quelque chose, mais je n’arrive pas à capter. Peu importe.

Merde. See you on the beach !

Douce tranquillité qui s’installe, comme si un point de non-retour était atteint et que, stress ou non, rien n’y changera. Intérieurement, j’ose imaginer que ça bouillonne, mais plus rien n’y paraît. Je m’éclipse doucement avec, oui je le réalise, une boule dans la gorge. Émotive face à la beauté de ce moment, à la fin de cette proximité avec la création. De pouvoir assister à tout ça.

Petite tristesse quelque part aussi. Mais la mienne, heureusement, est intellectuelle et lumineuse.

*Référence au flâneur baudelairien dans Le peintre de la vie moderne (1863) 

Oeuvres:

1) Classe de danse, Edgar Degas (1871-1874)

2) Répétition d’un ballet, Edgar Degas (1874)

3) Première sortie, Auguste Renoir (1876)

Images: Musée D’Orsay et kerdonis.fr


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Tristesse animal noir

Une coproduction Espace GO + Théâtre PÀP
Présentée du 17 janvier au 11 février 2012, à Espace GO
Billets 514 845-4890 ou espacego.com


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16
Jan 12

Coulisses (3)

Très longue journée, pieds en compote, bus Saint-Laurent bondé. J’arrive à l’avance. Le temps d’un café bien tassé pour me secouer un peu et je traverse la rue où on me fait entrer dans le théâtre. Odeur de bouffe, chaleur. Discussions autour d’une table, des comédiens sont installés sur des fauteuils. On sent une certaine fatigue, une langueur.

La journée a été fatiguante. Physiquement. Le soir est tombé.

Il y a tout de même du va-et-vient un peu partout. Sur la scène, dans les loges, dans la salle, en régie. Ça fourmille, c’est une véritable petite usine. Chacun prend sa place, et au micro on annonce le début de la séance. On s’ébroue un peu, on gesticule pour s’enlever de cette espèce de torpeur dans laquelle on semble tous un peu plongés. Je n’arrête pas de penser à l’absurdité des contrastes: du frigorifique –  bien réel – de l’hiver à la chaleur torride, meurtrière – fictive – d’un incendie. Je réfléchis au fait que, de part et d’autre, ces extrêmes font ressortir nos instincts, nos réactions primaires, animales.

Un animal rapide au pelage lumineux.

La scène est plongée dans le noir, excepté quelques lumières qui éclairent les musiciens. Goodbye Ruby qui reprend en boucle. La guitare n’est pas assez forte, ensuite trop. On ajuste. Les comédiens attendent patiemment les directives, discutent ensemble en attendant. Bâillements, étirements, rires, soupirs. Chaque scène est survolée, une après l’autre, et les premières lignes du texte sont lancées. C’est étrange cette dichotomie entre le texte qui a pris forme et force dans la bouche des interprètes - depuis ma première observation – versus ce relâchement du corps, chaque individu étant en attente.

Je pourrais chanter quelque chose.

Certains comédiens refont une scène deux, trois, quatre fois voire plus pendant que les autres attendent. Ils discutent de choses et d’autres pendant ce temps, décrochent leur regard de la salle, semblent laisser aller leur pensée. Tout de même, l’appel du metteur en scène les fait réagir promptement: même si j’ai l’impression qu’ils sont ailleurs, déconcentrés, c’est en fait tout l’inverse. Je suis surprise à chaque fois: de voir à quel point ils sont à l’affût, prêt(e)s à répondre aux exigences, comme ils se transforment en un instant. Le corps reprend alors sa stature, se fait disponible, le torse mis de l’avant. Fascinant.

Tu penses que c’t’un rêve, rien qu’un rêve, comme on cherche parfois à se persuader en rêve.

On change de bloc. J’entrevois les silhouettes des comédiens dans la pénombre, comme des lignes qu’on aurait tracées au marqueur. On étire un bras, secoue les cheveux, défripe un vêtement,  positionne son corps à nouveau. Cette fois, le fond de la scène est habité de lumière et de fumée.

On pourrait dire la source, la naissance. L’origine. Le giron, le giron du feu.

Dans ma tête, le déclic se fait d’un coup: Loveland de Charles Stankievech, oeuvre présentée à la Triennale tout récemment. Encore une fois, le froid m’inspire. Tourné au Yukon, le court film met en scène un magnifique paysage  arctique (qui fait tout le fond d’une salle) où, tout à coup, des détonations se font entendre. Doucement, une étrange fumée mauve provenant d’une grenade militaire (que l’on ouvre en cas d’urgence) vient vers nous, poussée par le vent.

Et nous laisse dans l’incertitude, dans une inquiétante étrangeté. Que se passe-t-il? La situation est critique et, à la fois, cruellement belle. Ce feu symbolique, cette fumée, signe de détresse, ces situations désespérées d’un côté comme de l’autre qui laissent présager le pire. Détonation aussi dans les deux cas: et c’est plus encore qu’une simple explosion, c’est le signe d’un “avant” et d’un “après”, un fin craquement dans la ligne du temps, un point de non-retour. Encore une fois, glace et feu s’équivalent: c’est l’animal, la bête noire que l’on fuit: c’est notre pire cauchemar.

Tes mains brillent, la sueur est sombre, presque noire.

Il y a aussi Anselm Kiefer, à qui je pense. Ses oeuvres sombres, morcelées, qu’on dirait justement, passées par le supplice du feu. Suie, salive, cheveux, terre, tous des matériaux qu’il utilise pour créer. Comme traces de ce qui reste après un grand carnage. Car, n’est-ce pas ce que c’est? L’horreur, la détresse, la survie. Le souvenir, l’empreinte. Corps démembrés, morts. Et surtout, la résilience.

Là on a l’éternité devant nous.

Le metteur en scène me souligne qu’il s’est inspiré d’Olafur Eliasson. Je vois tout à fait. Éléments intangibles, ambiances plus que formes concrètes ou matières plastiques, Eliasson explore des lieux, des sensations que l’être appréhende par toutes ses sensorialités. Comme le théâtre, d’ailleurs. Un des rares lieux où des êtres sont devant nos yeux, dans le temps présent et sans présence du virtuel. C’est “l’ici et le maintenant”.

J’observe pendant plus de 3 heures. Le travail qui se fait est extrêmement détaillé, une vraie dentelle. Infimes détails, reprises de gestes, de mots. Un cri répété une dizaine de fois.

Gloria !

Ajouts de micro, d’effets. Trame sonore, crépitements, musique. Les costumes ont changé depuis la dernière fois. J’ai l’impression d’assister à une séance photo. Deux ou trois lignes, placement des acteurs, ajustement des lumières. Clic. Autre scène, déplacements, changements de position, gestes affinés. Clic. Une main ici, une jambe placée comme ça. Clic.

Paul ? Est-ce que je te plais à nouveau avec ma nouvelle coiffure ?

Et ainsi de suite. La scène devient un espace-temps particulier, un lieu à géométrie variable. Le plus fascinant, c’est la capacité des comédiens à se « reprogrammer » en quelque sorte, à chaque demande, à chaque changement. Mémoire effarante, physionomie modelable à l’infini. Je suis tout à coup extrêmement fatiguée. Eux aussi, vraisemblablement. Mais je quitte alors qu’ils restent là pour plusieurs heures encore. Le temps d’un café bien tassé, pour eux cette fois, et c’est reparti. Ils plongent à nouveau dans les écrits de l’auteur et je vais plonger dans les miens… jusqu’à la prochaine rencontre : la première médiatique.


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Tristesse animal noir
Une coproduction Espace GO + Théâtre PÀP
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08
Jan 12

Journal de bord – décembre

Nous voilà de retour frais et reposés après les congés traditionnels des fêtes. Comment avez-vous occupé les vôtres ?

ø Le décor de TRISTESSE ANIMAL NOIR est monté et les comédien(ne)s font leurs premiers pas dans celui-ci. En apparence, il a l’air simple. En apparence.

ø Nous apportons les dernières touches à notre programme de soirée

ø Le piano de DISSIDENTS se porte bien.

ø Myriam Daguzan Bernier — a.k.a @mamerehispster — a assisté à sa première répétition le samedi 17 décembre. Ce qu’elle a vu et en a pensé, c’est là

ø Claude Poissant a complété sa distribution pour Bienveillance, le dernier texte de Fanny Britt qui sera créé à Carleton-sur-mer au mois de juillet. Aux Dany Michaud et Patrice Dubois déjà impliqués, s’ajoutent Louise Laprade, Sylvie de Morais-Nogueira (que vous avez pu voir dans Je voudrais me déposer la tête, Yellow Moon et L’Affiche) et Christian Roy.

ø Le TIME choisit les manifestants comme personnalité de l’année.
Le livre Une brève histoire du progrès est adapté au cinéma par Mathieu Roy et Harold Crooks, sous le titre de Surviving Progress.
Notre création du mois de mars porte le nom de DISSIDENTS et est initialement inspirée de ce même livre de Ronald Wright.
Le dernier livre d’Emmanuel Carrère, Limonov, parle d’un dissident en puissance.
Y aurait-il quelque chose dans l’air ?

ø Pascale, notre responsable du développement sera au APAP New York, pour pousser la compagnie en dehors de ses frontières. Venez lui dire bonjour si vous êtes dans le coin. Elle sera au stand collectif de CINARS.
Tandis que Claude est invité à Vancouver le 4 février, dans le cadre du PuSh Festival, pour donner une conférence sur la mise en scène.

ø Nous commençons à  préparer activement pour notre prochaine soirée-bénéfice qui aura lieu le jeudi 22 mars 2012 — inscrivez-la à votre agenda !

ø Que vous soyez youtube et vimeo, nos vidéos sont sur les deux réseaux. Pas de jalousie comme ça.